Raison d'être

L'une des principales applications des satellites militaires est la surveillance océanique. La Terre est recouverte de 75 % de surface aqueuse et représente donc une importante part de l'arsenal militaire. Dans les années 60-70, les deux grands rivaux que sont les Etats-Unis et l'URSS ont décidé de développer un programme de surveillance océanique, qui permet de connaître à tout instant la localisation de la flotte navale adverse. Aux Etats-Unis le programme de surveillance océanique est connu sous le nom de NOSS (Naval Ocean Surveillance System). Dans le bloc de l'est, il est connu sous l'appellation occidentale de RORSAT (Radar Ocean Reconnaissance SATellite).

Le système américain

Les satellites NOSS (Naval Ocean Surveillance System) sont la composante spatiale de l'US Navy pour la collecte d'informations dans le cadre du programme de surveillance océanique White Cloud. Chaque NOSS lancé est composé d'un satellite principal et de trois sous-satellites éloignés à quelques centaines de kilomètres l'un de l'autre. Cela permet, par triangulation, de localiser une transmission radios ou radar repérée.

  • NOSS 1: Neuf satellites et 27 sous-satellites ont été lancés entre le 30/04/1976 et le 15/05/1987 par des Atlas F et H depuis le site de lancement de Vandenberg.
  • NOSS 2: Quatre satellites et 12 sous-satellites ont été lancés entre juin 1990 et mai 1996 par des Titan IV depuis la base de Vandenberg. L'orbite de travail de ces satellites est de 1 100 km x 9 000 km, 64,3°. Les quatre satellites principaux sont également dotés d'un système de communications UHF et d'alerte précoces. Ils sont connus sous le nom de SLDCOM (Satellite Launch Dispenser COMmunications System).
  • NOSS 3: La troisième génération de satellite de surveillance océanique se différencie des générations précédentes. Ici, il n'y a plus de sous-satellites. Chaque NOSS comporte 2 satellites principaux pesant chacun environ 3 250 kg. Ils sont lancés depuis septembre 2001.

Dans les années 80 et 90, d'autres satellites ont été lancés, notamment les SB-WASS (Space Based Wide Area Surveillance) pour tester différentes techniques de surveillance comme le radar ou les capteurs infrarouges.

Le système russe

Le programme de surveillance océanique russe M.K.R.Ts. est réparti entre l'écoute électronique, connu sous l'appellation occidentale EORSAT (Electronic Ocean Reconnaissance SATellite) qui comprend les satellite US-P, et la surveillance océanique, connue sous l'appellation occidentale RORSAT (Radar Ocean Reconnaissance SATellite) qui comprend les satellites US-A.

Lorsque le programme est étudié, une orbite de travail basse (255 km) et fortement inclinée (65°) s'impose aux concepteurs. Elle favorise la qualité des données fournies par le satellite tout en survolant le maximum de zones à surveiller. Dès le début, les ingénieurs optent pour un radar permettant de surveiller la surface des mers même la nuit ou par temps couvert. Or cet instrument est gourmand en énergie. L'installation de panneaux solaires de grande taille pourraient convenir sauf qu'à la faible altitude à laquelle le satellite va travailler, ceux-ci vont générer des frottements atmosphériques importants, réduisant sa durée vie. Il est décidé de remplacer les habituels panneaux solaires par un générateur nucléaire. En 1965, les deux premiers prototypes sont lancés sous le nom de Kosmos 102 et 125 par des lanceurs 11A510. Le lanceur officiel pour la mise sur orbite des satellites US-A est le Tsyklon. Il lancera à partir de décembre 1967 tous les exemplaires. Le programme RORSAT devient opérationnel avec la mise sur orbite de Kosmos 723, le 14ème satellite du même type, en avril 1975. Le dernier en date, c'est Kosmos 1932 lancé en mars 1988. Avec la chute de l'URSS, le programme s'est arrêté.

  • RORSAT: Masse de 3 800 kg au décollage doté d'un réacteur nucléaire Topaze 2 de 6 kW (au sol) fonctionnant pendant près de 18 mois. En fin de mission, un moteur propulse le satellite à 900 km d'altitude. Sur cette orbite, le satellite mettra jusqu'à 6 siècles avant de se désintégrer dans les hautes couches atmosphériques, temps nécessaire pour que le réacteur nucléaire soit devenu inoffensif. Avec l'accident de Kosmos 954, qui est venu s'écraser avec son réacteur au Canada en janvier 1978, les autorités russes ont pris de nouvelles mesures de sécurité. Un système déjection assure le placement sur orbite haute du réacteur, indépendamment du fonctionnement du satellite.
RORSAT
Un satellite US-A déployé au-dessus de la Terre en mode opérationnel - Photo P.Volvert

Sources