Définition

Les satellites de reconnaissance sont l'une des pièces maîtresses sur un théâtre d'opérations. Ils peuvent, à eux seuls, fournir toutes les informations nécessaires sur l'état des forces adverses. Ils complètent les données reçues par les satellites d'écoute et de surveillance. Au complet, l'armée possède un système de collecte de données sans aucune mesure avec tout ce qui a été possible par le passé.

En fonction des informations que l'on souhaite obtenir, le satellite espion sera doté de tel ou tel capteur ou instrument. Les plus connus sont ceux qui offrent des images noirs et blancs/couleurs dans le visible. Dans ce cas, on peut citer les satellites espions américains KH-11 ou encore français Helios. La question qui se pose "que peut voir un tel satellite?". Selon les spécialistes dans le domaine, les satellites les plus performants dans le domaine du visible devraient offrir une résolution de 15 cm. Autrement dit, chaque pixel sur une photo doit représenter 15 cm dans la réalité. Pour donner une idée, une voiture classique fait dans les 4 mètres de long environ pour 1,6 m de large. Un tel véhicule, photographié par un satellite espion actuel devrait donner 27 x 11 pixels. De quoi pouvoir la différencier d'une camionnette mais pas de quoi lire la plaque d'immatriculation.

D'autres satellites, notamment les KH-12 américains, sont équipés de capteurs infrarouges. Ceux-ci peuvent aider à interpréter le mouvement des troupes, notamment par la détection de la chaleur émise par les véhicules. Malgré tout, l'information peut être faussée par l'ennemi. Durant la guerre du Kosovo, les Serbes avaient équipés des chars gonflables d'émetteurs infrarouges pour faire croire que le moteur de ceux-ci fonctionnait.

Il existe une autre technique de collecte d'informations, le radar. Le satellite émet une onde en direction du sol que ce dernier réfléchit instantanément en direction de l'antenne de réception du satellite. En fonction de la nature des objets, le coefficient de réflexion varie. Ce qui ne peut pas toujours être mis en évidence par l'imagerie dans le visible peut l'être avec un radar. L'autre avantage du radar, c'est qu'il peut fonctionner de jour comme de nuit et à travers les nuages. La résolution estimée pour un satellite radar est de 60 cm.

A noter que tous les satellites de reconnaissance sont placés sur une orbite basse à forte inclinaison. L'orbite basse permet d'avoir une meilleure image tandis qu'une orbite fortement inclinée permet de survoler un maximum de régions du globe.

Pentagone par Corona
Le Pentagone photographié par un satellite espion Corona en 1967 - Photo Nasa

Aux Etats-Unis

Pour qu'un renseignement soit efficace à son maximum, il est important non seulement de pouvoir écouter ce que l'adversaire pourrait dire (satellites d'écoute), localiser ce même adversaire (satellites de navigation/surveillance), mais il faut aussi pouvoir suivre ses mouvements. C'est le rôle des satellites de reconnaissance. S'il y a bien un pays qui a développé un grand programme de reconnaissance, c'est sont bien les Etats-Unis. Ce programme porte le nom de code KH (Key-Hole - Trou de Serrure). Il a été conçu à la fin des années 50 au moment même où la guerre froide s'installait entre l'est et l'ouest, que les premiers missiles intercontinentaux ont été tirés et que les premiers avions espions américains U-2 étaient abattus au-dessus du territoire soviétique. Au fil des ans, la durée de vie des satellites ainsi que leur résolution va sans cesse évoluer. A tel point que la génération KH-11 ce sont de véritables télescopes spatiaux qui sont braqués vers la Terre. Le design de KH-11 va servir de base à la construction du plus célèbre télescope spatial, Hubble. Les satellites KH sont spécialisés dans l'imagerie dans le visible, infrarouge et hyperspectral.

Un second programme de reconnaissance prend forme dans les années 80. Il s'agit de Lacrosse, satellites équipés d'un puissant radar orbitant à une altitude comprise entre 420 et 700 km avec une inclinaison de 57° ou 68° par rapport à la ligne équatoriale.

En dehors de ces 2 grands programmes, plusieurs petits satellites espions ont été lancés dans le cadre du programme SAMOS (imagerie) et Quill (radar), MISTI.

Satellite Lacrosse
Un satellite de reconnaissance Lacrosse en préparation dans les ateliers de Lockheed Martin - Photo NRO

En Russie

Tout comme les Etats-Unis, la Russie a, dès le début de l'ère spatiale, investi dans un système de satellite de reconnaissance. En fait, elle va créer 2 filières de satellites espions.

La première porte le nom de Zenit. La construction de ces satellites est très fortement inspirée des vaisseaux Vostok auxquels ils reprennent l'architecture principale. La capsule qui revient sur Terre a été spécialement aménagée pour transporter tout l'appareillage nécessaire pour les prises de vue. Une fois le film photographique terminé, la capsule se libère du reste du satellite et revient sur Terre, suspendue à un parachute.

Le second programme de reconnaissance est basé sur les satellites Yantar de conception totalement différente des Zenit, même si l'objectif principal reste identique. Tout comme les Zenit, les satellites Yantar sont conçus en 2 parties: le module de service et le module récupérable dans lequel se trouve l'appareillage photographique.

La Russie ne se concentre pas uniquement sur ces deux programmes. La station spatiale Saliyut transportait des équipements dédiés à la reconnaissance. D’autres satellites comme les Orlets ou Persona ont vu le jour depuis la fin de l’Union Soviétique.

Satellite Persona
Illustration d'un satellite de reconnaissance de type Persona - Photo TsSKB Progress (Agrandir)

Reste du monde

Jusqu'aux années 90, lorsqu'un pays avait besoin d'un renseignement pour mener une opération, il devait faire appel au service de renseignement du bloc auquel il appartenait. Ainsi les pays de l'est se tournaient vers l'URSS tandis que les pays occidentaux se tournaient vers les Etats-Unis.

Dépendre d'un allié pour obtenir des renseignements n'est pas toujours idéal pour garder son indépendance. Celui qui maîtrise les images maîtrise l'information. Celui qui dépend de l'image dépend aussi de l'information. Raison pour laquelle, plusieurs pays ont décidé de développer leur propre système de renseignement par satellites. Le premier d'entre eux est la Chine avec ses capsules FSW qui fonctionnent avec le même principe que les Yantar ou Zenit.

Après la Chine, c'est au tour des pays occidentaux à faire leur entrée dans la reconnaissance par satellite. La France, ayant fait l'expérience quelque peu décevante durant la Guerre du Golfe en 1991, a décidé, en collaboration avec l'Espagne et l'Italie, de mettre sur pied le programme Helios. En 1995, un premier Helios est lancé suivi 4 ans plus tard par un second. Pour la seconde génération, l'Italie s'est désisté mais la Belgique s'est montrée intéressée. Helios 2A est lancé par Ariane 5 en décembre 2004.

Le programme militaire japonais est né suite aux lancements de missiles nord coréens en 1998 dont un qui a survolé le Pays du Soleil Levant. Le pays, se sentant menacé, a décidé de créer un programme en 2 volets. Le premier consiste en des satellites de reconnaissance dotés de caméras tandis que le second est équipé d'un radar. Le premier couple de satellites, IGS-1A Optical et IGS-1B Lidar, est lancé en 2003 par une H-IIA depuis Tanegashima.

D'autres pays, comme Israël ou l'Allemagne, ont également développé leur propre programme de satellites espions.

Satellite Hélios 2
Préparation d'un satellite Helios 2 dans les locaux d'Airbus Defence and Space - Photo Airbus Defence and Space(Agrandir)

Sources