N-1

Historique

Jusqu’en 1962, la plupart des projets spatiaux sont confiés à Sergeï Korolev. Après les succès de Spoutnik, Gagarine et Luna, il veut aller plus loin. Il rêve d’envoyer un homme sur la Lune. Il propose à Nikita Khrouchtchev le projet N-1/L-3 mais pour le tiers du coût réel. Il n’est pas le seul à vouloir conquérir l’astre des nuits. De son côté, Vladimir Chelomeï, constructeur en chef de la future Proton, présente également son projet lunaire aux dirigeants de l’Union-Soviétique. Si Korolev peut mettre beaucoup de politiciens dans sa poche, il n’a pas l’avantage d’avoir le fils de Khrouchtchev dans son équipe comme c’est le cas pour Chelomeï. Dans l’impossibilité de trancher, les autorités acceptent les deux projets. Korolev s’occupera de l’alunissage tandis que Chelomeï aura la charge la mission en orbite lunaire. Les deux programmes sont indépendants l’un de l’autre et la rivalité entre les deux constructeurs ne va pas aider à trouver un minimum de cohésion dans la course à la Lune à laquelle les Soviétiques se lancent pour répondre au défi lancé par le président Kennedy en 1961.

Pour envoyer un homme sur la Lune, la fusée doit être capable de placer sur orbite une charge avoisinant les 100 tonnes. Et pour en arriver là, il faut construire la fusée N-1 et l’équiper de puissants moteurs cryogéniques, les plus performants. C’est tout naturellement que Sergeï Korolev se tourne vers le grand motoriste des fusées Valentin Glushko pour la conception de ces moteurs. Malheureusement, les deux hommes se détestent depuis des années. Glushko refuse de les lui fournir, prétextant que la cryogénie n’a pas d’avenir dans l’astronautique et qu’il préfère les ergols classiques. A ces arguments, Korolev avance les siens. Le mélange proposé par le motoriste est jugé trop toxique pour y risquer une vie humaine. Devant le refus catégorique de Glushko, Korolev doit se tourner vers Kuznetsov. Le problème c’est que Kuznetsov est spécialisé dans les moteurs d’avion. Il n’a pas l’expertise dans celui des fusées et encore moins s’ils fonctionnent avec des ergols cryogéniques. Néanmoins, il accepte de développer les moteurs mais à la condition de revoir les ambitions à la baisse. Alors que la fusée Saturn V est propulsée par cinq moteurs F-1 de 600 tonnes de poussée chacun, la N-1 soviétique en comptera 30 de 150 tonnes de poussée qu’il faut synchroniser. C’est un véritable cauchemar pour les ingénieurs, d’autant plus qu’ils n’ont pas les mêmes moyens financiers que la Nasa. Ils doivent se passer du banc d’essai nécessaire pour valider le concept. Il faudra le faire lors du vol inaugural en février 1969 ! Dans la foulée, le module lunaire (L-3) et un vaisseau de retour sont développés en même temps que la fusée. Le vaisseau de retour n’est ni plus, ni moins qu’une adaptation du Soyuz.

Le 21 février 1969, le premier vol d’essai de la fusée N-1 se solde par un échec. Au bout de 69 secondes de vol, un incendie éclate dans la baie de propulsion. Les moteurs s’arrêtent et la fusée explose.

Le 03 juillet 1969, N-1 est prête pour un second vol d’essai. Si tous savent qu’il est désormais impossible de battre les Américains dans la course à la Lune, ils espèrent néanmoins pouvoir les égaliser dans un proche avenir. La fusée décolle de son pas de tir et au bout de 18 secondes, elle retombe lourdement sur les installations. Les débris sont projetés à 10 km autour de l’épicentre et l’explosion est visible à 35 km à la ronde.

La course à la Lune est bel et bien terminée pour les Soviétiques mais ils ne baissent pas les bras pour autant. Ils espèrent toujours faire voler la maudite N-1. Le 27 juillet 1971, le troisième essai se termine au bout de 48 secondes de vol. Les premier et second étages retombent à 15 km du pas de tir formant un cratère de 15 m de profondeur.

Alors que les Américains s’apprêtent à quitter la Lune, les ingénieurs soviétiques se battent toujours avec les moteurs de la N-1. Le 23 novembre 1972, la fusée vole pendant 90 secondes avant qu’une rupture de canalisation provoque un incendie. Cent sept secondes après le décollage, la propulsion s’arrête et la fusée retombe dans la steppe du Kazakhstan. Il ne restait que 7 secondes de fonctionnement pour le premier étage. Bien que le quatrième vol soit également un échec, les responsables du programme croient en leur chance pour la prochaine fois.

Le cinquième vol de la N-1 est prévu pour août 1974. Début 1974, Vassili Michine, qui avait succédé à Sergeï Korolev lors du décès de ce dernier en janvier 1966, est évincé par Valentin Glushko. Le 02 mai 1974, il annule programme lunaire N1/L3. L’échec retentissant de l’Union Soviétique est passé sous silence pendant 20 ans. Il faudra attendre 1989 avant que ne soit dévoilé les dessus de l’affaire et 1993 avant de voir les premières images de la fusée lunaire.

Fiches techniques

N-1

Les sources

  • Internet Reference Guide to Space Launch Vehicles
  • A la conquête de la Lune de Jacques Villain (Larousse)
  • Russian Space Web