Le faux pas d’Ariane 5, un début d’explication

Publié par Philippe VOLVERT le 27-01-2018

Ariane aurait été programmée pour une trajectoire différente de celle prévue, telle est l'hypothèse avancée pour expliquer l'anomalie lors du dernier vol - Photo ESA/CNES/Arianespace – Photo Optique Video du CSG

Dans la nuit de jeudi à vendredi, la 241ème Ariane prenait son envol pour placer sur orbite les satellites de télécommunications SES 14 et Al Yah 3. Une mission classique pour le lanceur européen qui n’a plus connu le moindre incident en vol depuis décembre 2002.

Tout semblait se dérouler de façon nominale jusqu’à ce que la télémétrie soit perdue un peu plus de neuf minutes après le décollage. Plus aucun contact ne sera établi avec la fusée jusqu’à la fin de la mission. Deux heures après le lancement, les clients annonçaient avoir retrouvé leur satellite mais sur une orbite différente de celle attendue mais en parfait état.

Vendredi après-midi, le NORAD a publié une mise à jour de son catalogue des objets en orbite autour de la Terre avec les coordonnées des satellites lancés par Ariane. On remarque que l’altitude du périgée et de l’apogée est conforme aux prévisions mais que l’inclinaison est de 20 degrés au lieu des 3 degrés attendus. Les satellites ont été séparés à la verticale du Botswana, 2 000 km plus au Sud que le point d’injection prévu.

Un scénario étrange se dessine.

Douze secondes après le décollage, Ariane effectue une manœuvre de roulis et de tangage pour s’aligner au plan de vol programmé dans son ordinateur de bord. Il est fort probable que ce soit à ce moment là que la fusée ait pris la mauvaise direction. Les cartes de la trajectoire visibles lors de la vidéotransmission montrent que la fusée n’était pas alignée au plan de vol prévu dès le départ.

Hors de portées des stations de poursuite, Ariane finit par disparaitre des radars neuf minutes et 25 secondes après le décollage. Autonome, la fusée européenne poursuit son vol jusqu’à atteindre une orbite de 230 x 43 200 km avec une inclinaison de 20 degrés sur l’équateur. Hormis l’inclinaison, les paramètres orbitaux sont ceux attendus pour cette mission.

Si la fusée a fonctionné de façon optimale, comment expliquer que les satellites ne soient pas au bon endroit. La mission 241 coïncidait avec la première utilisation d’un plan de vol visant une orbite super synchrone culminant à 43 000 km au lieu d’une orbite de transfert géostationnaire classique avec un apogée à 36 000 km. Y aurait-il eu une erreur dans le codage du logiciel de vol, Ariane faisant ce pour quoi elle aurait été programmée ? Seule la commission d’enquête chargée de déterminer les causes exactes de l’incident pourra le déterminer. Si la théorie est confirmée, Ariane devrait reprendre ses vols très rapidement.

L’incident ne devrait pas avoir de répercussions majeures sur la longévité des satellites. Equipé d’une électrique, le satellite SES 14 mettra quatre semaines supplémentaires pour rejoindre sa position par 47,5 degrés Ouest. Quant à Al Yah 3, doté d’une propulsion chimique, il pourrait également être en mesure de rejoindre son orbite définitive par 20 degrés Ouest.