Nuit de frayeur à Kourou

Publié par Philippe VOLVERT le 26-01-2018

Kourou a perdu le contact avec Ariane comme le montre la courbe de la trajectoire en haut à gauche. Le trait épais matérialise la trajectoire effectuée et le rond la position au moment de la séparation du satellite Al Yah 3 - Photo Arianespace

Le lancement d’une fusée reste une opération délicate et les évènements de la nuit dernière à Kourou sont là pour nous le rappeler.

Il était 22 heures 20 TU lorsque la 241ème Ariane a pris son envol depuis le Centre Spatial Guyanais après une chronologie impeccable sans la moindre interruption. Tout se présentait sous les meilleurs auspices pour la mise sur orbite des satellites SES 14 et Al Yah 3 à bord de la fusée européenne.

La première phase de vol s’est déroulée comme lors de la répétition générale avec la séparation des propulseurs d’appoint après deux minutes de vol suivie de la coiffe une minute plus tard. L’étage principal cryogénique a lui aussi fonctionné de façon nominale jusqu’à l’extinction de son moteur Vulcain. C’est après l’allumage du moteur HM-7B de l’étage supérieur ECA que les choses se sont gâtées. La station de poursuite de Natal au Brésil perd le contact avec le lanceur après neuf minutes et 27 secondes de vol. Ariane se trouvait à 194 km d’altitude et fonçait à 7 km/s. Il n’est pas rare que l’on perde le contact avec le lanceur pendant quelques secondes selon le plan de vol. Dans le cas présent, plus aucun contact ne sera établi jusqu’à la fin de la mission, y compris avec les stations de l’île de l’Ascension et de Malindi au Kenya, installées le long de la trajectoire de la fusée.

La vidéotransmission s’est poursuivie comme si de rien n’était jusqu’à la séparation théorique des satellites. Le directeur des opérations qui commente en temps réel les différentes étapes clés du vol est resté particulièrement silencieux durant toute la phase de propulsion de l’étage ECA. Sans télémétrie, Arianespace n’a pu confirmer l’injection sur l’orbite visée des passagers du vol VA241. Les clients qui prennent le contrôle de leur satellite après la séparation de la fusée ont attendu plus longtemps que prévu la réception du signal confirmant le bon état de santé de SES 14 et Al Yah 3.

Dans une brève allocution aux invités présents en salle de contrôle, Stéphane Israël, patron d’Arianespace, a indiqué que le lancement de cette nuit avait souffert d’une anomalie et s’est excusé auprès des clients.

Reste à déterminer ce qui s’est exactement passé la nuit dernière. Deux heures environ après le lancement, SES et Yahsat ont confirmé tous les deux avoir repris le contact avec leur satellite respectif. Au moment où ces lignes sont écrites, Arianespace n’a pas confirmé l’orbite sur laquelle SES 14 et Al Yah 3 avaient été séparés. Lorsque les paramètres seront confirmés, nous en saurons plus sur l’issue du vol 241 et les conséquences de l’incident.