Retour aux affaires pour Proton

Publié par Philippe VOLVERT le 08-06-2017

La fusée russe Proton réussit la mise sur orbite d'un satellite de communications, après une pause forcée d'un an - Photo Roskosmos

Un an après son dernier lancement, la fusée Proton a repris du service avec succès après la mise sur orbite du satellite américain Echostar XXI.

La fusée russe a décollé du cosmodrome de Baïkonour ce matin à 03 heures 45 minutes TU pour un vol d’une durée de 09 heures et 13 minutes comprenant cinq séquences d’allumage de l’étage supérieur Briz M. Après un vol parfait, le satellite a été séparé sur une orbite de transfert géostationnaire de 2 300 x 35 786 km inclinée de 30,5 degrés.

Echostar XXI est un poids lourd de 6 871 kg construit par Space Systems/Loral pour le compte de l’opérateur EchoStar Corporation. Il est constitué d’une plate-forme SSL 1300 équipée de répéteurs en bande S. Il sera positionné par 10,25 degrés Est pour fournir des services internet pour les mobiles à travers l’Europe. Sa durée de vie est de 15 ans.

Ce lancement marque le retour en vol de Proton après une pause forcée d’un an. Lors de sa dernière mission, l’un des moteurs du deuxième étage s’était arrêté neuf secondes trop tôt. Par chance, l’étage Briz M a pu compenser le déficit de vitesse et le satellite Intelsat 31 avait pu rejoindre la bonne orbite.

L’enquête mise en place au lendemain de ce énième incident en vol a mis en évidence de graves problèmes de qualité chez les industriels impliqués dans la fabrication des pièces de la fusée. Avant d’autoriser un retour en vol, le gouvernement russe avait ordonné de remplacer tous les composants suspects et promis de sanctionner sévèrement les responsables de la falsification des documents de conformité.

Il faut dire que depuis quelques temps déjà, les fusées Proton sont les victimes régulières d’incidents en vol lorsqu’il ne s’agit pas d’avaries graves causant la perte de la charge utile. A plusieurs reprises, les enquêtes ont pointé du doigt le manque de qualité chez les sous-traitants ou même GKNPZ Khrunitchev, le maître d’œuvre de la fusée. Lorsqu’il ne s’agit pas d’alliage non conforme utilisé pour la fabrication des pièces de moteurs, ce sont des câbles qui sont branchés à l’envers, sans oublier les corps étrangers se baladant dans les canalisations.

Depuis sa mise en service en 1965, c’est la première fois que la fusée Proton est clouée au sol aussi longtemps. Reste à savoir si la pause forcée aura un réel impact dans le temps et permettra de redorer le blason de l’une des plus anciennes fusées encore en service aujourd’hui.